Moins jeter la bonne idée

Rencontre avec Didier, chargé de prévention déchets et expert compostage à Grenoble Alpes Métropole !

Les différentes formes de compostage dans le jardin 

En tas ou dans un bac ?

Ça n’a que peu d’importance, c’est plus une question esthétique. La seule chose que l’on peut dire c’est que le fait de monter en hauteur permettra à la température de monter plus vite et donc le processus sera plus rapide. De plus on obtiendra un compost plus homogène en bac. Dans nos milieux urbains il est tout de même conseillé de composter en bac. 

Le compostage collectif

Même lorsqu’on vit en immeuble, on peut composter ! Il faut que la résidence ait un espace vert où on disposera 3 bacs à compost. L’agglomération compte plus d’une centaine de sites de compostage partagé. Un vrai succès qui renforce les liens entre les voisins et permet à chacun de réduire ses déchets. Avant de vous lancer, il est impératif de suivre la formation "Devenir référent de site de compostage partagé". Pour les prochaines dates c’est par ici. 

Les conseils et astuces du pro

Diviser pour mieux composter

Dans l’absolu tout se composte. Cela dit, quand on débute (la première année par exemple), il est préconisé de ne composter que ce qui est cru : fruits, légumes, fleurs coupées…

Oui, on peut mettre les agrumes dans le composteur. Il suffit de bien couper les écorces en morceaux pour qu’ils se dégradent correctement. Et surtout évitez d’empiler les peaux d’oranges pressées. Cela va créer un tas qui aura du mal à se composter.

Les déchets de cuisine sont souvent humides. La règle est donc de bien mélanger son compost et de compenser cette humidité par un apport en carbone : bois ou carton. Le broyat de bois est indispensable au bon compostage : il absorbe l’humidité, structure le tas et cela accélère le compostage.

Où trouver du broyat ? La déchèterie d'Eybens est à ce jour le seul endroit où les particuliers peuvent s’approvisionner en broyat sur l’agglomération. Mais la Métropole a engagé un important programme de rénovation de ses déchèteries à horizon 2020 qui devrait permettre d’en trouver à d’autres endroits de l’agglo.
On peut aussi s’approvisionner auprès de l’entreprise d'entretien des espaces verts de sa copropriété. Ou le réaliser soi-même en louant un broyeur de branches.

Les laitages, la viande, le poisson sont délicats à composter. On prendra l’habitude de mettre les déchets coriaces comme la tête d’ananas au milieu du tas (c’est l’endroit qui chauffe le plus).

Rappel : dans les sites de compostage partagé, on n’autorise pas l’apport des aliments cuits.

Pour finir, il faut garder en tête que plus la matière à composter est fine, moins elle est compacte et mieux elle se dégradera. Par exemple, on peut composter le filtre à café mais il faut penser à le vider avant pour éviter les tas. On exclura les sacs biodégradables (leur décomposition est très longue)

Astuce 1 : mettre une poignée de broyat dans le fond du seau de cuisine : cela évite les salissures dans le seau et absorbe le jus. Les aliments commencent tranquillement à se décomposer.
Astuce 2 : N’achetez pas d’activateur de compost, c’est inutile ! A la place, vous pouvez ajouter sans hésiter de l’ortie, de la consoude, de la fougère ou l’équivalent d’un à deux paniers de gazon bien mélangé au reste du tas mais pas plus (bourré d’azote il accélèrera grandement la décomposition). 

Quand et comment mélanger le compost ?

C’est la clé du succès ! Il faut brasser au moins une fois tous les 15 jours. Mais si on le fait quotidiennement, c’est encore mieux ! Car plus on brasse, plus on oxygène le compost et plus les bonnes bactéries se développent. Et donc… moins on a d’odeurs.
On mélange à la fourche sur les 20-30 centimètres supérieurs du compost : là où sont les derniers apports frais. En plus d’apporter de l’oxygène, ça permet de décompacter la matière humide.

Comment récupérer le compost ?

On peut récupérer le compost au bout de 9 à 12 mois quand il n’y a plus de vers dedans.

On défait alors le tas de compost et on le pose sur le côté. Si on est en compostage collectif, on aura obligatoirement 3 bacs donc on dépose le compost obtenu dans le 3ème. 

Il peut être intéressant de tamiser mais ce n’est pas obligatoire. C’est surtout une question esthétique, en particulier si on distribue le compost autour de soi ou si on l’utilise pour des plantes d’intérieures. Tamiser le compost va permettre d’enlever les éléments qui ne se seraient pas compostés : coquilles de noix, étiquettes sur les fruits, os…

Astuce 3 : pour savoir si le compost est prêt à être récupéré on peut faire le Test du cresson. Les graines de cresson sont en effet très sensibles au compost.
Pour cela, semez des graines de cresson dans un pot en verre transparent avec du compost pur et arrosez régulièrement. Au bout de quelques jours, les racines se développent. Si elles sont nécrosées (de couleur jaunâtre / marron) c’est que le compost n’est pas assez mûr ; à l’inverse si elles restent bien blanches c’est que le compost est mûr.
C’est un test qui peut beaucoup amuser les enfants.

Comment utiliser le compost ?

Après 9-12 mois, le compost est mûr. Vous pouvez l’utiliser en jardinière, au potager ou l’épandre sur votre gazon à la volée.

Sur des plantes d’appartement, on le saupoudre sur 2-3 millimètres. Le compost va pénétrer dans la plante quand on va arroser.

Il ne faut pas enfouir le compost dans le sol mais bien le poser en surface. Même les arbres peuvent en profiter et s’en nourrir !

Rappel : dans la nature, pour se développer, les arbres et les plantes puisent dans les réserves du sol. Le compost va permettre d’améliorer le teneur du sol en matières organiques (et donc éléments nutritifs) et ce de façon équilibrée.

Les idées reçues sur le compostage

Non, le compost ne doit pas sentir mauvais ! Si c’est le cas, c’est que votre compost ne va pas bien (trop humide). Dans ce cas-là, la solution c’est un bon coup de fourche pour aérer et décompacter la matière et d’ajouter de la matière sèche (feuilles mortes, broyat, copeaux ou carton). De plus, pensez à bien étaler vos nouveaux apports pour que la matière se dégrade bien (plus il y a de contact avec l’air, plus vite la matière se décomposera).

Evitez de composter le gazon (compliqué du fait de son humidité). Pour ne pas le jeter, optez pour la méthode du paillage : faites-le sécher au soleil 1/2 journée puis recouvrez votre sol de 4 à 5 cm de gazon, cela vous évitera de devoir désherber et gardera votre terre humide.

En période de vacances, le bac à compost (contrairement au lombricompost) peut très bien vivre jusqu’à un mois dans nouveaux apports.

Conseil lecture : « Composts et paillis : Pour un jardin sain, facile et productif » de Denis Pépin. Editeur : Terre Vivante Editions (15 mars 2013).